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Tout commence au « home » qui est un lieu de vacances auquel les parents, plutôt fortunés, confient leurs enfants sans arrière-pensées car il est coûteux et donc, dans leur esprit, très très bien. Première trahison par ces parents qui ne veulent pas de leurs enfants dans leurs pattes pendant les vacances et qui se débarrassent d'eux, tout simplement et en y mettant le prix pour avoir bonne conscience. Jamais ils ne sauront parce que jamais ils ne voudront savoir car faire exploser la bulle de leur satisfaction égoïste est au-dessus des forces des petits qui concentrent toute leur énergie pour survivre au home. Il ne leur en reste pas une miette pour avoir le courage de l'accusation et des explications au retour. Chaque été, chaque vacance le train entre en gare pour emmener ces enfants dans ce lieu de perdition où ils sont soumis à des ordres absurdes et humiliants où une directrice les terrorise tandis que son mari « s’occupe à sa façon des jeunes garçons. » J’ai déjà lu des romans sur le thème de l’enfance maltraitée, comme par exemple « Et je prendrai tout ce qu’il y a à prendre » de Céline Lapertot mais celui-ci m’a interpellé de par son originalité. c’est davantage une sorte de long poème en prose qui vous agrippe par le poignet et ne vous lâche plus avant de vous avoir tout montré, tout confié. On sent que chaque phrase a été ciselée, que chaque paragraphe a été remanié pour y faire chanter chaque mot. La première partie du roman est vraiment celle qui met le plus mal à l’aise, on dirait une métaphore des camps de concentration avec ce le wagon qui emporte les enfants vers l’enfer, les chiffres accolés aux prénoms, inscrits sur les vêtements, ce désir d'ordre ahurissant, les punitions, les humiliations, sans arrêt, le chien noir qui montre les crocs, les fausses lettres dictées, la fausse publicité, et tous ces moments d'inattention qui peuvent mener au pire sur fond d'absurde et de manipulation… Tout est faux dans ce « home d'enfants », tout est fabriqué pour donner l'illusion de. Mais ça reste un cachot. Un pénitencier qui ressert entre ses doigts d'acier les âmes salies et les corps décousus. Tout est agencé de façon à ce que la notion de plaisir soit éradiquée : interdiction de jouer, de parler quand on n'y est pas autorisé, de tousser (!), de sourire, de rire. Interdiction d'être un enfant. Simplement se taire. Disparaître. Laisser faire. « Déréglés à l'intérieur mais à l'extérieur irréprochable. On eût voulu se plaindre qu'on ne nous eût pas crus. » La deuxième partie est la volonté du narrateur devenu adulte à vouloir s’en sortir, à mettre des mots sur ses maux, à entamer ce long combat contre ses souvenirs qui ne cessent de l’enfoncer vers le bas. C'est à la fois cruel et aérien, noir et lumineux, douloureux et salvateur. «Mon vécu vide est invivable. Un viol de nuit sans petit prince. Je me dessine moi :un mouton ! Je m'étais égaré. C'est forcé quand on recherche son coupable. Il est où mon petit prince ? Il faut que je le trouve dans mon désert. Si je ferme les yeux, il va venir. » Beaucoup de références littéraires enfantines, beaucoup d’innocence et de naïveté pour contre balancer cette horreur dans laquelle il a bien failli se perdre. A la fois horrible et sublime, beau et atroce, touchant de réflexion et d’analyses sur le phénomène de résilience notamment. Un livre fort qui j’espère marquera les esprits. Audrey

Myriam reprend son activité professionnelle au sein d’un cabinet d’avocat. Elle doit alors trouver en urgence une nourrice ; tâche difficile à Paris. Le couple reçoit la candidature de Louise. C'est une femme d'une cinquantaine d'année à l'allure stricte qui attire la sympathie des enfants et la confiance des parents. Louise, est parfaite. Elle est aux petits soins avec les enfants, fait le ménage, la cuisine, décharge ainsi la jeune maman de tous les petits tracas quotidiens. Louise prend de plus en plus d'initiatives. Elle s'impose comme le pilier de la famille, les enfants l’adorent. Elle devient indispensable. Cependant, Paul et Myriam s'inquiètent de quelques signes alarmants mais, n’interviennent pas ??? Chanson douce contient une subtile analyse des modes de vie actuels Leïla Slimani nous parle de ces jeunes parents accaparés par leurs carrières qui délèguent l'éducation de leurs enfants à une employée. Devenus carriéristes, toujours débordés et pressés, ils renoncent à leur rôle de pères ou de mères au quotidien, laissant le champ libre à Louise, la nounou. C’est l’histoire d’une relation employeur-employée, d’un couple économique dominant face à une employée en état de faiblesse, la nounou, à travers les difficultés de leur vie journalière, le sort de ces petites gens, souvent immigrées, souvent sans papiers, toujours démunies, ces fantômes urbains qui vivent dans un monde parallèle et vendent leurs compétences domestiques et maternelles, et offrent quelques mots d'amour et d'affection, en baoulé, dioula, arabe, hindi, filipino, russe, aux marmots que leur confient des couples économiquement dominants, pris dans le tourbillon de carrières qui les prive de temps. Alice

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